Au début du XXe siècle, des barges à voile transportaient fret et passagers entre la Guadeloupe et Marie-Galante et la Désirade

carte_archipelAujourd’hui rien de plus simple que de se rendre sur les iles de l’archipel de la  Guadeloupe.
DSC00016Pour la Désirade
, pour y séjourner ou simplement la visiter, à partir du port de St François, en Grande-Terre vous embarquez au choix sur le «Babou-One» ou sur l’Archipel pour, moins d’une heure plus tard, débarquer sur le port de Beauséjour (Grande Anse) à la Désirade. Deux allers et retours quotidiens relient l’ile à la Guadeloupe continentale. Rentrés le soir à la Désirade, ces bateaux « dorment sur l’ile » afin d’être prêts au départ le lendemain à 6 h du matin.

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Express_PAPPour Marie-Galante, la liaison avec l’ile est assurée, au départ de Pointe à Pitre en direction du port de Grand-Bourg, par d’imposants et confortables catamarans rapides qui relient trois fois par jour l’ile en moins d’une heure. L’EXPRESS des ILES «dort» lui aussi chaque nuit dans le port de Grand-Bourg de Marie-Galante pour pouvoir quitter l’ile chacun des sept jours de la semaine à 6 h du matin.

Colin_MG_bouquinMais il n’en a pas toujours été ainsi !
C’est ce que racontent deux récits décrivant le voyage maritime  au départ  (ou au retour) de  ces deux iles au début et jusqu’au milieu du XXe siècle.

Ci-dessus à gauche, un document broché, rédigé par M. Emmanuel ROBIN, un ancien maire de la Désirade, n’a été imprimé qu’en nombre d’exemplaires très réduit dont l’un est conservé à l’Office du Tourisme de la Désirade.
et à droite, « Marie Galante, voyage au travers les traditions » d’Evelyne Saint-Martin Lima.

Marie-Galante

source: « Marie Galante, voyage au travers les traditions » d’Evelyne Saint-Martin Lima.

Au début du XXe siècle, la principale ressource de I’ile était l’agriculture et toutes les activités s’y rattachant. Les gens n’éprouvaient le besoin de quitter leur ile qu’en cas d’urgence ou d’obligation (vente de denrées, commerce ou maladie).
La liaison avec la Guadeloupe était assurée par des bateaux à voiles appelés alors des barges à voiles surtout destinées au transport des marchandises dont le sucre produit sur l’ile. Aucun aménagement n’était prévu pour les éventuels passagers contraints de voyager à même le pont, parmi les marchandises, les cordages, les animaux (cabris et poules).
Avec un trafic irrégulier, le voyage pouvait durer de six heures à parfois trois jours ou plus, par calme plat. Dans les années 1940 – 1945, deux voiliers, le Gallieni et le Courbet chargeaient le sucre à la Ferrière où «l’usine» possédait un accès direct à la mer. Au retour de Guadeloupe, les barges transportaient du charbon. Un chargement excessif de charbon causa le naufrage du Gallieni. Le naufrage du Courbet fut provoqué par le terrible cyclone de 1928.
D’autres barges les Max, Golgonda, Jean le Bon, Dieu Protège, Suivez-moi-les marins, Isola Bella assuraient aussi la liaison maritime avec la Guadeloupe. Plus tard, l’arrivée de la goélette Père Labat annonçait déjà une époque de transition.
BombotiersDu fait de la médiocre qualité (voire l’inexistence) d’installations portuaires, les barges n’accostaient pas, elles restaient au large, au-delà de la barrière de corail. Des gabares, lourdes péniches en bois à fond plat, acheminaient les marchandises jusqu’au rivage. Elles étaient manœuvrées par de solides vergues en bois et étaient dirigées à l’aide d’une longue rame-godille située à l’arrière.
Les passagers étaient transbordés sur de lourds canots appelés «bomboats» (de l’anglais bumboat) dont l’équipage, les «bombotiers», était composé de deux rameurs, et d’un « recettier », qui, encaissait le coût de la traversée (1 franc en 1940/45). L’un des derniers «bomboats» «La main de Dieu», assura le service jusque vers les années 1970 – 1971.
Récit d’un voyage :
«On quitta Pointe-à-Pitre sur le Gallieni le jeudi à 11 heures du matin. Pas une brise, calme plat. À midi nous étions encore à Darbousier. À vingt heures, en face du Gosier. Le vendredi, nous étions toujours dans les parages du Gosier, le manque de vent ne nous ayant pas permis d’attaquer le Canal. Le samedi matin on y accédait. Ce n’est que le dimanche, tant bien que mal, que l’on parvint à le traverser, mais on ne put toucher la baie de Saint-Louis. Vers seize heures un bombotier vint à la rame chercher les quelques passagers épuisés par le voyage, et nous déposa à Vieux Fort vers vingt heures. Et là, nous devions attendre la charrette à bœufs de monsieur Louloute MARIE pour nous déposer à Grand-Bourg».
Un ancien Maire de Capesterre, a raconté que quand il était élève au Lycée de Pointe-à-Pitre, il avait voulu venir en famille pour les vacances du mardi-gras. La traversée avait duré trois jours. À peine arrivé, il avait dû repartir pour ne pas être en retard à la reprise des cours.
Mais les voyages continuent… La Régie Maritime apparaît.
Le trafic devenant de plus en plus important, apparait la nécessité d’offrir des bateaux pour passagers. À partir de 1952, l’administration crée la Régie Maritime pour la desserte des Dépendances ce qui conduit à refuser aux barges le droit de transporter des passagers. La traversée est assurée par des bateaux à moteur avec coque en acier appartenant à la Régie Maritime.
L’Ile d’Émeraude, le premier mis en service sur la ligne, est, ancienne barge de débarquement de la Marine Américaine transformée en courrier à passagers. Le trajet ne dure que deux heures, le trafic est assuré le mardi, le jeudi, et le samedi. L’lle d’Émeraude va assurer le service jusqu’au 30 Juin 1958. En Avril 1960, elle est remplacée par le Delgrès ancien chalutier transformé au confort sensiblement amélioré avec une durée de la traversée toujours de deux heures. En même temps que le Delgrès, deux autres navires sont mis en service les Margie et Marianne.
Delgres_MGEn 1968, le Delgrès étant déficitaire, mise en service de la vedette «Marie-Galante» … qui s’arrête à son tour en septembre 1969. Le Delgrès continue à assurer le service jusqu’en 1972.
Une époque est révolue. Le nombre de passagers augmentant considérablement, le trafic vers l’île s’intensifiera. Des vedettes rapides desservent l’ile : Axel, Antoinette, Régina, Madras et Tropic, Agathéa.
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À partir de 1990, une nouvelle race de transporteurs voit le jour les catamarans-jet à réaction, rapides, spacieux, confortables, avec bar, vidéo, air conditionné, baies vitrées panoramiques, toilettes. Ils font la navette entre Pointe-à-Pitre et la Grande Dépendance, assurant un service quotidien d’au moins trois rotations. La traversée ne dure plus que cinquante minutes à la vitesse de croisière est de 38 nœuds, soit 70 km heure.
L’Express d’aujourd’hui
Barges_modernes (1)Et aujourd’hui pour le transport des marchandises : des barges qui ne sont plus les mêmes.
L’apparition des vedettes rapides entraîne la présence sur la ligne de bateaux de fret : Le Danibe en 1981, le Fort Saint-Louis en 1983, le Cachacou à la même époque.
Barges_modernes (2)En 2014, quatre barges, appartenant aux Transports Maritimes Des Dépendances (TMDD) assurent le transport du fret vers les iles. L’une atteint la longueur de 50 m, mais toutes assurent le transport des marchandises, containers, véhicules, matériaux, carburants, animaux vivants, … à destination des iles de l’archipel de la Guadeloupe (Marie-Galante, la Désirade, les Saintes).

 

La Désirade –

texte de M. Emmanuel ROBIN

Les moyens de transport maritimes étaient pratiques mais très lents et dangereux surtout lors des cyclones et des grosses tempêtes. En ce temps, les habitants utilisaient les canots à voiles et les barges vers les destinations suivantes : Saint François, Pointe-à-Pitre, mais aussi le Moule.. Capesterre et les îles du Nord (où les marins faisaient de la contrebande)».
En ce temps-là, il n’y avait pas d’appontement, les bateaux déchargés près de la passe (Coulisse) dans des chaloupes qui elles étaient débarquées à terre; les fats étaient jetés à la mer et flottés jusqu’à la côte.
Desirade_port_ (6)Aujourd’hui les moyens de transports sont plus perfectionnés, car les Désiradiens transportent leurs marchandises sur des péniches et voyagent à bord de vedettes à passagers.

 Les différentes vedettes ayant assuré le service, dans l’ordre chronologique:
Kikali_2le Kikali
la Frégate
le Mistral
l’Impériale
le Colibri
l’Archipel
le Babou One

Les différentes péniches dans l’ordre chronologique :
barge_gwoka (1)le Kachakou
Carib Désir
Désirade
Gwo Ka
le Verseau
Le Transud

 Les vedettes à passagers voyagent vers St François et les péniches, qui transportent le fret, viennent de Bergevin et de Jarry. Lors de leur retour à la Désirade les embarcations accostent à la Marina. Les vedettes à passagers font «le plein» de carburant à St François ravitaillées par un camion-citerne..

Un peu d’histoire
Barge_Amour_de_DieuBarge_Dieu_protege_404Avant les années 1930- 1940, les Désiradiens se rendaient sur le «Continent» en canot à voile. Ils mettaient un ou deux jours pour arriver en Guadeloupe et même parfois cela prenait plus de temps pour arriver si la météo était mauvaise.
Dieu-Protege_tableauarrierreEnsuite les barges ont fait leurs apparitions. Ils y avaient Dieu Protège, L’Amour de Dieu et Surprise.

Barge_en_GwadaLes barges mettaient une journée pour se rendre à Pointe-à-Pitre. Elles partaient le dimanche soir et arrivaient à la darse de Pointe à Pitre le mardi vers 11h00 du matin et ce toujours en fonction de la météo. Les Désiradiens en profitaient pour faire leurs achats.

Le dimanche, les matelots embarquaient les balles de coton, les cabris, les cochons, les poules… et au moment du départ il y avait toujours une quinzaine de Désiradiens qui embarquaient pour une journée de galère. Ils arrivaient la plupart du temps trempés jusqu’aux os. Ensuite il fallait faire vite pour reprendre la barge le mardi.

Barge_cabris (2)Les Désiradiens se rendaient en Guadeloupe uniquement lorsqu’ils en avaient besoin. Pas plus d’une à deux fois par an.
On entendait dire que certaines personnes âgées étaient mortes sans être allées une seul fois en Guadeloupe continentale.
Les voyages duraient parfois plusieurs jours, ce qui les obligeaient à rester loin de chez eux très longtemps et les handicapaient car ils nourrissaient beaucoup d’animaux.

Comme il ‘y avait pas toutes les aides accordées de nos jours (allocations familiales, bourses, RMI…..) les gens n’avaient pas beaucoup d’argent et ne pouvaient pas de ce fait voyager comme ils auraient voulu. Ils se rendaient donc à Pointe à Pitre, seule commune qu’ils connaissaient car c’était là, autour de la place de la victoire, qu’était centrée toute l’économie de la Guadeloupe :
– Pour faire des achats : linge ou souliers pour une cérémonie, matériel de pêche pour les marins, des outils pour les marins, pour les charpentiers, les menuisiers, les maçons.
-Pour aller voir un médecin spécialisé : ophtalmologues (lunettes) par exemple.
– Pour se rendre à l’hôpital (s’il y avait encore le temps).
– Pour faire des démarches administratives : payer le rôle (de pêche) par exemple.
– Pour aller voir la famille et prendre des nouvelles des parents.
– Pour aller au lycée : les élèves qui rentraient en 6ème et qui désiraient continuer l’école.
Les barges ramenaient des denrées non périssables, les fruits et légumes venaient par canots mais ce n’est pas tout le monde qui pouvait en acheter.
Les patrons de barges faisaient les achats pour les commerçants mais aussi pour les particuliers qui leurs passaient la commande leur confiant un peu d’argent On pouvait aussi demander à un parent ou un ami de faire un achat lorsqu’il voyageait. Mais généralement les Désiradiens se contentaient de ce qu’il trouvait sur place dans les «lolos» qui étaient nombreux (la boutique de M. Eulalie Valentin était bien achalandée) et ils pouvaient acheter à crédit ce qu’ils ne pouvaient pas faire en Guadeloupe.
Le courrier arrivait par les barges et mettait plusieurs jours pour arriver de Guadeloupe et plus d’un mois lorsqu’il venait de métropole.
Il n’y avait pas comme de nos jours des liens aussi étroits avec la Guadeloupe continentale et les Désiradiens vivaient repliés sur eux-mêmes.


En novembre  2013, que sont devenues ces barges?
Barge_Fifi_cpaBarge_FifiLa Barge « Dieu protège» a longtemps gardé l’entrée du bourg de Beauséjour, sur la plage à Fifi. Mais faute d’entretien elle s’est délabrée au fil des années. Aujourd’hui, il ne reste à cet endroit que la plate-forme en béton sur laquelle elle reposait.

??????????????????????????????? La Barge « L’Amour de Dieu »existe toujours mais elle se trouve aujourd’hui en état de délabrement très avancé. Elle se trouve à proximité de la plage à Fanfan.  En novembre 2011, (photo ci-contre), elle gardait encore, malgré son mauvais état , belle figure de bateau. Par contre contre en novembre 2013, ce n’est plus qu’une épave effondrée (images ci-dessous).

Barge_Dieu_protege_Plage_a_Fanfan_2013Plusieurs tentatives de sauvegarde ont échoué car, selon les Désiradiens, son propriétaire aujourd’hui très âgé, qui a navigué sur ce bateau, ne veut absolument pas s’en séparer.

Quelle perte pour le patrimoine maritime !

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