Cargo 2013; Chapitre 3 : la traversée océanique vers les Antilles

carte_FSM_2013Dès que la vedette emportant le pilote a quitté le Fort Ste-Marie, le commandant donne ses ordres pour positionner le bateau sur la route tracée vers la Guadeloupe.
???????????????????????????????La météo marine s’annonce délicate pour les deux prochains jours. Le bateau devrait rencontrer, dans le golfe de Gascogne et au large de l’Espagne et du Portugal, des conditions de mer bien plus difficiles que celles rencontrées hier autour de la Bretagne. Météo France nous promet lundi et mardi des vents de force 5 à 8 et des vagues de 4 à 6 m, voire plus. A partir de mercredi et l’approche des Açores, amélioration prévue car ensuite s’ouvre la route des Alizés vers les Tropiques.
À partir de demain lundi, nous rattraperons progressivement le décalage horaire avec la Guadeloupe. Changement d’heure pendant 6 jours, mais dans ce sens il s’avère agréable car, nos journées comptent chacune 25 heures… dont une heure de plus pour chacune de nos prochaines nuits.
Notre arrivée à Pointe à Pitre est prévue lundi 28 octobre vers 5 h du matin.

lundi 21 octobre 2013
Premier changement d’heure cette nuit; excellent sommeil avec réveil vers 7 h, heure du bord. Après le petit déjeuner passage à la passerelle au moment du changement de quart. Le ciel est gris, le jour peine à se lever et le soleil n’est pas au rendez-vous. La mer est assez04_01_a forte avec un vent de force 6, des vagues à 3 m et des mouvements de tangage et de roulis assez prononcés. Le navire progresse dans la direction du Sud-Ouest (cap 240) et le vent souffle de Sud Sud-Ouest (207), soit de ¾ face à la progression du bateau. C’est comme si celui-ci encaissait, presque en permanence, des coups sur son avant, tendant à contrarier son avancée. L’action du vent tend à dévier sa route aussi il compense et voilà pourquoi nous sommes secoués !
Un coup d’œil sur la carte confirme que nous approchons du Cap Finisterre, pointe occidentale de la Galice espagnole.
Passage à la cuisine où le chef est en pleine préparation du dessert: une crème caramel et il me souffle un tuyau pour bien la réussir, il faut y mettre une pincée de gros sel.
A mon arrivée à bord, j’avais remis au Commandant NEDELEG deux exemplaires de mon carnet de voyage 2012. Un exemplaire circule parmi l’équipage et le chef cuisinier m’indique avoir beaucoup apprécié.
Jour de lessive et j’ai lancé une machine à laver. Chaque pont est équipé de cette machine en libre-service et à la simplicité de fonctionnement qui met la lessive à la portée du novice que je suis. Je vais pouvoir récupérer le linge séché d’ici une heure environ.

???????????????????????????????A midi le vent moyen souffle à plus de 60 km/h (force 7) avec des rafales à force 10 (plus de 100 km/h). Quand les paquets de mer s’écrasent sur l’avant du bateau, les embruns passent au-dessus de la passerelle et la grue de l’avant du navire devient invisible. Et il pleut très fortement.
Les températures sont douces : 17° pour l’air, 19° pour la mer, le taux d’humidité atteint 89%.
Ce temps devrait durer 2 jours environ.

«Ouverture la «cave» à 18 h 15
Menu_cave
A 18h15, comme prévu, le navire se trouve dans les eaux internationales, et le commandant a ouvert la cave. Beaucoup de monde, au pont A devant l’entrée du local où sont stockés les alcools, les cigarettes, la bière, les barres chocolatées,…Pratiquement tout l’équipage est présent, marins comme officiers … et passagers (sauf les équipes de quart). Une fois servi, chacun remonte à sa cabine les bras chargés de ses emplettes: bières, coca, alcool, cigarettes, mais aussi de la lessive, du dentifrice, des friandises et des bonbons, …Chacun avait pu consulter auparavant la liste des produits disponibles et les tarifs très avantageux qui sont pratiqués ici.
Le règlement s’effectuera, les jours suivants, en espèces dans le bureau du commandant qui aura établi une facture en bonne due forme pour « chacun de ses clients» à partir du bon de commande signé. Cette opération aura été matérialisée dans les informations journalières du bord sous le libellé « Règlement des dettes de caves chez le commandant ».
Ces ventes à bord ont pour conséquence l’établissement par tous (officiers, marins, passagers) d’une déclaration destinée à la douane concernant sa possession en alcools, tabac,… avant l’arrivée dans chaque port.
Lors de chaque voyage, les nouveaux passagers ont quelque difficulté à comprendre le sens de la formule : «ouverture de la cave» et il revient soit au commandant, soit à l’équipage de traduire et d’expliquer ce dont il s’agit.

Combien et qui sommes-nous à bord ?
Deux commandants (M. Nédélec comme l’an dernier sur ce même navire et M. Cazalis de Fondouce en doublure, ancien chef mécanicien, il est appelé à prendre le commandement du Fort Ste-Marie lors du voyage retour dans le port de Dunkerque.
Le chef mécanicien (M. Lartigau comme l’an dernier),.
Un second capitaine et un second mécanicien (MM. LEBLOND et BERTIN).
Cinq Lieutenants et un «Zef» (élève officier de la Marine Marchande).
Un Maître d’équipage (le bosco), un Maître mécanicien (le chouf), un Maître cuisinier (le coq) et un Maître électricien.
Un Maître d’hôtel , un garçon passagers et un aide cuisinier.
Trois Timoniers, deux Reefermen (électriciens en charges des containers frigorifiques), un mécanicien, un marin pont, un soudeur et quatre ouvriers peintres originaires du sous-continent indien.
Enfin un stagiaire lycéen et deux passagers.

Dans les conditions de mer actuelles, je passe beaucoup de temps bien assis dans le fauteuil passager à lire et à regarder la mer, toujours impressionnante. Les photos ci-dessous montrent bien le contraste de la vue depuis le «fauteuil des passagers» à la passerelle par beau temps et par mer assez forte comme aujourd’hui !

04_01bLe lieutenant de quart, rencontré lui aussi sur ce navire l’an dernier, est toujours aussi disponible et pédagogue pour répondre aux questions du béotien que je reste.

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mardi 22 octobre 2013

Réveil à 6h30, heure du bateau. Bien dormi comme d’habitude.
Ces journées à 25 heures offrent du temps supplémentaire offert pour se reposer mais aussi pour lire. Ce qui m’a permis de terminer assez rapidement la lecture du dernier roman d’Arnaldur Indridason «le livre du Roi», auteur islandais que j’apprécie particulièrement. Cette plongée dans l’histoire et dans la riche littérature de ce petit pays donne envie de lire ou relire quelques-unes des Sagas en commençant par exemple par «la Saga des Vörlungar». Dans ce récit écrit vers le XIIe siècle, vivent et agissent des personnages qui se retrouvent quelques siècles plus tard dans les opéras de Wagner, les romans de Tolkien ou ceux de Frank Herbert.
Le ciel semble plus clair et le vent toujours fort mais les mouvements du bateau ont changé.
Déjeuner puis séjour à la passerelle avant le changement d’équipe de quart où le lieutenant confirme que le vent reste fort (force 8) mais que nous le prenons par le travers. Notre route est pour l’instant inchangée (210° au Sud – Sud Ouest) le vent lui est passé au 280 (Ouest – Nord Ouest), hauteur des vagues de 5 à 6 m.

Vers midi nous allons changer de cap en passant au 240 ( Ouest, Sud-Ouest) pour passer dans le Sud des Açores. Nous avons parcouru 700 milles (près de 1.300 km) depuis le départ de Montoir-de-Bretagne et la vitesse du navire se maintient à la moyenne de 19 nœuds (35 km/h).
Le soleil est bien installé et les températures poursuivent leur remontée (20°9 pour la mer, 20° pour l’air). Installation à la passerelle vers 10 h, fauteuil passager, lecture sagas entrecoupée d’observation de la mer et de quelques photos.
???????????????????????????????A 11 h 30 changement de cap à l’heure prévue. Le Lieutenant de quart m’appelle pour que j’assiste à la manœuvre. Il passe en pilotage manuel et il rentre dans le système de navigation le nouveau cap à l’aide du petit cadran noir à 4 touches situé à droite de la barre. La nouvelle direction ne s’active pas immédiatement car le système n’effectue qu’un changement de 8 degrés par minute afin de ne pas déséquilibrer le navire et la cargaison par un virage trop brutal. L’ancien cap était au 211 et le nouveau à 242 soit 31° de différence. Le système prendra 3 minutes pour effectuer le changement de cap.
Le lieutenant de quart m’a aussi décrit les opérations permettant d’intégrer le vent et le courant dans ces calculs. La navigation nécessite une bonne maîtrise des maths. Il m’indique que dans sa formation il a acquis en plus des qualifications d’officier «pont » de la marine marchande, un diplôme d’architecte naval.
Ce soir nouveau changement d’heure .
Le chef cuisinier vient régulièrement nous demander si ce qu’il nous fait servir nous convient.
Le jeune lycéen en stage commence à trouver le temps long : « plus que 20 jours m’a-t-il dit ce matin ». Malgré la « permission » accordée dimanche à Montoir de Bretagne par le commandant, ce qui lui a permis de rendre à Vannes voir sa famille , les copains et surtout la petite copine !
???????????????????????????????Aujourd’hui, du fait des conditions météo, le pont tribord est interdit à l’équipage car c’est de côté que le vent violent pousse les vagues et les fracasse contre la coque et les containers. Quant à nous passagers, il nous est demandé de ne pas nous trouver à l’extérieur. Ce qui désole mon co-passager Suisse qui attend avec impatience de pouvoir enfin passer toute la journée à l’avant du bateau pour lire.
L’exercice sécurité réalisé aujourd’hui consistait à répondre à une alerte à la bombe suivie d’une explosion: victimes, dégâts importants, incendie,… Tout l’équipage mobilisé en tenue de pompier, masques à oxygène, … Impressionnant!
A 18h30, le traditionnel pot des passagers se tient, à l’invitation du commandant, dans le fumoir des officiers tous présents ainsi que le Zef … qui aide au service. A la fin du pot, le commandant nous invite à poursuivre la conversation en dînant à la table des officiers.

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Mercredi 23 octobre

05_a_Réveil vers 6h30, il fait jour et le soleil va se lever parmi les nuages sur l’horizon. Bien dormi comme d’habitude. Le navire bouge beaucoup moins que les jours précédents.
Passage à la passerelle. La route tracée sur la carte indique notre position dans le Sud des Açores à environ la même distance de Madère.
Ce matin tentative de premier lancer de ballon avec un résultat infructueux: le premier ballon a explosé avant le lâcher, quant au second, après un décollage difficile la transmission de données n’a pas fonctionné. Message de Météo France qui s’étonne de ne pas recevoir de transmission. Une réponse du commandant explique ces échecs par la présence d’un vent trop fort.
???????????????????????????????Vers 11h30, 3 navires sont présents dans notre secteur à environ 25 milles: le Minerva Alex qui va se rapprocher (photo) les 2 autres bateaux, le Nordic Gas et l’’Avonborg resteront invisibles.

Embarqué depuis maintenant une semaine à bord du Fort Ste Marie, j’ai, un peu comme tout le monde ici, perdu la notion du temps. Que l’on soit mercredi ou dimanche n’a plus aucune espèce d’importance, toute la vie à bord du bateau tourne autour des quarts à la passerelle ou du travail à la machine ou sur le pont. Et comme actuellement chaque nuit nous gagnons une heure de sommeil, c’est plutôt agréable.
05_b_ (6)Depuis ce matin, navigation bien plus confortable, car le navire ???????????????????????????????est nettement moins secoué, le vent a faibli et surtout, maintenant, on le prend sur le travers. Les deux derniers jours nous avons traversé une grosse dépression avec un fort vent dans le nez du bateau. Le tout accompagné de pluies violentes et pour mieux arroser les containers les paquets de mer passaient régulièrement par-dessus.
Le commandant a choisi la route la moins pénible dans ces conditions de mer en longeant les côtes espagnoles et portugaises avant de repiquer, hier, vers l’Ouest et la descente vers les Tropiques. S’il avait choisi la route directe au travers de la dépression avec un passage au milieu de l’archipel des Açores, nous aurions gagné un jour de « secouage » en plus !
Mais même dans le gros temps, la qualité de l’air est excellente.
Les conditions climatiques s’améliorent jour après jour et ce midi les températures étaient relevées pour la mer à plus de 23° et pour l’air à près de 24°. La piscine devrait être bientôt mise en service.

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jeudi 24 octobre 2013
17_a_navig_ (2)
Réveil à 6h30… sans changement d’horaire, le jour se lève, pas de pluie mais le soleil n’est pas encore levé.
Avant de descendre déjeuner passage sur le pont pour le lever de soleil qui commence à percer la couche nuageuse, mer calme.
Le Fort Ste-Marie se trouve, ce matin à 8 h, heure du bord, à la hauteur de l’archipel des Canaries (et du Sahara Occidental) après avoir parcouru 1.625 milles marins depuis le départ de Montoir de Bretagne (un peu plus de 3.000 km) et nous approchons de la moitié de notre parcours océanique.
17_instrumentsNous sommes dans une zone transitoire entre l’Atlantique Nord et les Tropiques où les températures commencent à devenir vraiment agréables avec 22°7 pour la température de l’air et déjà 25°1 pour celle de la mer. Le vent souffle toujours à force 5 avec des vagues de 2 m de hauteur mais plutôt de travers arrière… ce qui est bien meilleur pour notre confort.
Le tracé sur l’enregistreur barométrique confirme bien  l’amélioration de la situation météo.

Depuis hier après-midi, lorsque le navire a dépassé l’archipel des Açores de 200 milles, l’officier de quart a commencé à changer progressivement l’eau de mer des ballasts, qui comme l’exige la règlementation internationale, devra avoir été totalement remplacée avant l’arrivée aux Antilles.
Les ballasts jouent un rôle essentiel pour assurer l’équilibre et la stabilité du bateau à toutballasts moment notamment au moment du chargement et du déchargement de la cargaison mais aussi au cours de la navigation pour éviter que le bateau ne se plie.
16_c_containers_ (2)Hier après-midi, le commandant Cazalis m’a fait découvrir, depuis la passerelle, beaucoup de particularités à propos des containers. La norme internationale standard est de 20 EVP (20 Equivalents Vingt Pieds soit environ 6 m) mais il existe des containers de tailles différentes. Certains d’une longueur de 40 pieds sont plus haut d’1 pied (30 cm); ce qui explique que certaines rangées de containers apparaissent en ligne brisée. D’autres sont aussi un peu larges ou un peu plus haut, ce qui complique les opérations d’organisation de la cargaison.
Les containers sont inspectés à intervalles réguliers pour détecter leurs défauts et effectuer les réparations nécessaires. Pour repérer les défauts d’étanchéité d’un container il suffit de s’y enfermer, en plein jour et de regarder si la lumière s’infiltre à l’intérieur.
Quand les containers arrivent en fin de période d’utilisation, ils sont réformés et laissés sur le lieu de leur dernière destination.
Mais il existe aussi un phénomène de disparation de containers en bon état malgré le fait que chaque container porte un numéro d’identification peint sur son extérieur. Il porte aussi d’autres indications comme son poids à vide (la tare).
La tendance actuelle vise à l’allègement des containers à vide par l’utilisation de matériaux plus légers pour leur construction. Par exemple, vers l’avant du bateau voisinent un container pesant à vide 3.900kg et un autre pesant 3.860kg, soit 40kg d’écart. Un navire emportant 10.000 EVP allégés gagnerait 400 tonnes… ce qui diminuerait sa consommation de carburant.

coucher_soleilCe soir, à l’Ouest, presque en face de l’avant du navire, enfin un beau coucher de soleil avec un ciel sans trop de nuages sur l’horizon.17_d_coucher_soleil_ (18)

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vendredi 25 octobre 2013

???????????????????????????????Réveil à 5 h 30, il commence à faire clair. Petit café puis direction le pont où le ciel a commencé à prendre des couleurs.
???????????????????????????????Le soleil a pointé sous l’horizon à 6 h 27 locales, il va ensuite s’installer rapidement dans un ciel peu nuageux. Température agréable,  l’air est mesuré à plus de 25 ° par les instruments du bord. La mer, quant à  elle affiche à 27°.
Le vent est modéré (force 3) et les vagues ne dépassent guère 30 cm.
18_a_8hmatinAprès déjeuner, visite à la passerelle où l’équipe de quart termine la rotation de 4 à 8 h. La relève arrive peu après et le «reeferman» en charge du lancer de ballon sonde météo est venu vérifier si les paramètres de vent permettent le lancement. Il commence à préparer le matériel pour le largage du ballon qui aura lieu à 9 h, heure du bord, soit 11 GMT car nous avons à nouveau retardé nos montres d’une heure, hier soir.
Un des écrans de la passerelle est tombé en panne aussi le second capitaine, de passage à la passerelle lui applique le «reset marine marchande»: on éteint, on débranche puis on rebranche et on remet en service. C’est efficace car l’écran redémarre tout de suite.
La piscine sera remise en service aujourd’hui.

Les cargos et porte-containers construits il y a 15 ou 20 ans présentaient un confort bien plus important que ceux d’aujourd’hui : le château était bien plus vaste et à titre d’exemple, la taille des baies vitrées des «emménagements» : salles à manger, cabines, … se rapprochait de celle des vitres de la passerelle, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui, la longueur de la piscine approchait les 20 m.
La construction rapide et en série des navires marchands d’aujourd’hui a fait baisser tous les critères anciens de qualité. A part sans doute sur les navires construits en Norvège qui ont gardé une partie de ce confort.
La durée de service d’un navire est aujourd’hui de 25 ans environ. Chez CMA CGM, les bateaux sont placés hors flotte avant ce délai et ils alors revendus parfois à des filiales et ainsi ils peuvent être réutilisés dans le cadre de location temporaire par exemple pour remplacer des navires en arrêt technique.
Généralement les nouveaux navires sont acquis dans le cadre d’une formule de crédit-bail ou leasing.

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Une vraie station météo à bord du Fort Ste-Marie

???????????????????????????????Une station météo complète fonctionne à bord des 4 navires de la compagnie CMA-CGM qui assurent la liaison avec les Antilles. Elle est équipée d’un poste informatique dédié sur lequel apparaissent en continu les différentes données relevées (vent, températures,…) et les coordonnées en latitude et en longitude. Données transmises en continu par satellite à Météo France à Toulouse.
Deux lancers quotidiens de ballon sonde apportent à Météo France des informations complémentaires transmises directement par satellite à Toulouse. Dans le même temps la station du navire enregistre aussi toutes ces informations qui s’affichent sur l’écran de l’ordinateur dédié.
Meteo (1)Le dispositif est complété par une observation du ciel réalisée toutes les trois heures par l’officier de quart selon un protocole et une grille d’observation du ciel et des nuages établis par Météo France.

Seules les conditions de navigation, et notamment un vent trop fort pour les lancers de ballon, peuvent perturber ces processus.

Tous les jours de la semaine, deux navires de cette ligne naviguent sur l’Atlantique et transmettent, plusieurs fois par jour, des informations à Météo France. Informations qui viennent compléter et affiner celles recueillies par les satellites.
Fregate_France_1Ce rôle était jadis celui des frégates météo de la Marine Nationale dont le dernier navire, le «France 1» a été retiré du service en 1985 pour devenir un navire musée à la Rochelle–la Palice son port d’attache. Le premier navire de ce type (un cargo) avait été mis en service par la France en 1938 pour aider à l’observation météo au profit de la navigation aérienne en Atlantique. Elle se développera de manière considérable pendant la seconde guerre mondiale.
Après 1985, des ingénieurs de météo France étaient embarqués à bord des navires de la ligne des Antilles et c’est plus tard que les équipages des navires CMA-CGM ont repris en charge ces tâches météo.
lancer2013Quant ils naviguent sur l’Atlantique, deux fois par jour, le Fort Ste-Marie (comme le Fort St-Pierre, le Fort St-Georges ou le Fort St-Louis) procède au lancement d’un ballon sonde météo équipé de capteurs mesurant notamment les températures aux altitudes atteintes, ainsi que la force et la direction du vent. Le lancer est assuré (si le vent le permet) par un « Reeferman » (marin électricien en charge de l’alimentation et de la surveillance des containers réfrigérés) à 11 heures et à 23 heures GMT.
Le ballon n’est lancé que si le vent apparent est inférieur à 40 nœuds (74km/h). Dans le cas contraire le lancement est annulé. Ce vent apparent est constitué par le vent réel et celui provoqué par le déplacement et la vitesse du navire.
En 2013, pendant notre traversée vers les Antilles, les conditions météorologiques des premiers jours n’ont pas permis le lancement de ballons, par contre les jours suivants, la situation s’étant améliorée, les deux lancers quotidiens ont été assurés. Il est toutefois arrivé que le lancer de 11 h GMT ne puise être assuré alors que celui de 23h le lancer s’est déroulé normalement. Au total 9 lancers ont été réussis pendant la traversée océanique sur 15 possibles.
Le dispositif comporte un gros ballon gonflé avec de l’hélium dans un «berceau» recouvert d’une bâche solide (pour annihiler ses tentatives d’évasion !). Il lui est adjoint un dispositif de lancement qui comporte un petit ballon rose relié à une cordelette (solide) de plus de 15 m. Ce qui permet de toujours maintenir le boitier contenant le dispositif d’enregistrement à cette distance en dessous du ballon.
Les instruments contenus dans le boitier sont activés par le « Reeferman dans un appareil qui provoque leur mise en service.
Pour suivre le « décollage » et la phase initiale du  vol du ballon, deux vidéos ci-dessous publiées sur dailymotion:
un lancer réalisé en octobre 2012
un autre lancer réalisé en octobre 2013

Après avoir suivi le lancement effectué par le « Reeferman », celui-ci revient à l’intérieur de la passerelle près de la station météo observer le début de la transmission des données. Le ballon atteint déjà 650 m après 1mn 25 de vol et la température est tombée à15°6 contre 25°6 mesurées au niveau de la mer.???????????????????????????????

En moyenne, le ballon monte à raison de 380m toutes les minutes et dans le même temps, la température baisse de 2 degrés environ. Vers la 10ème minute d’ascension le ballon se situe à 4.000 m d’altitude et la température devient négative.
bout d’une demi-heure, le ballon atteint 11.000 m où règne une température de -50°, puis -61°5 à l’altitude de 13.000m atteints 6 mn plus loin. Le point le plus froid va se situer à 17.000m d’altitude à -65°6. Plus haut les températures se stabilisent vers -61°.
Au bout d’une heure le ballon a dépassé les 20.000 m. Il est fréquent qu’il monte jusqu’à plus de 26.000 m avant de commencer à se dégonfler et à redescendre vers l’océan.
Les instruments accrochés au ballon ne se contentent pas de relever, en permanence, les températures aux différentes altitudes atteintes avec indication des positions géographiques, ils mesurent aussi la vitesse et la direction du vent. Toutes ces informations recueillies en différents points de l’océan sont indispensables pour alimenter les modèles informatiques permettant la prévision météo et ses évolutions.
Fin de la séquence météo.

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???????????????????????????????Bain très agréable, eau fraiche au début( pendant à peine 30 secondes) mais très vite excellente température, le soleil sur la ½ piscine avec passage d’un grain.
Petite sieste après déjeuner. Autre bain en fin d’après-midi.
18_e_Venus_ (7)Très beau coucher de soleil et pour la première fois depuis le début de la traversée de l’océan Atlantique.  La planète Vénus est bien visible dans le ciel, à 21 h GMT, vers l’avant du navire, peu de temps après la disparition du soleil sous l’horizon.
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18_d_navig_ (6)Dès que la nuit tombe, afin de ne pas perturber la vision des équipes de quart,   toutes les lampes de la passerelle sont éteintes et le rideau la séparant de la table à cartes est tiré. Seules les écrans projettent une faible lumière.

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samedi 26 octobre 2013

???????????????????????????????Réveil dès 5 h du matin du fait de l’effet de l’avance de nos montres pour rattraper le décalage horaire. Il fait encore nuit. Vers 5 h 30 le ciel commence à s’éclairer mais de nombreux de nuages vers l’Est. Vénus reste invisible car elle est masquée par les nuages. Juste le temps de préparer le café en attente du lever de soleil dont la présence se devine derrière les nuages, le ciel et la mer changeant de couleurs.
Températures très agréables, mer calme. Seul le bruit de la machine vient troubler un peu le spectacle de la mer et du soleil levant.

Le chef cuisinier (le «coq»prend son petit-déjeuner dans la salle à manger de l’équipage en compagnie du maitre mécanicien, le «chouf». Quand je viens leur dire bonjour, nous voilà 3 Finistériens dans la pièce. L’un (le chouf) originaire de Cornouaille (la pointe du Raz), un autre (le coq) habitant la presqu’ile de Crozon et le troisième (le passager) né dans le Léon (à Kerlouan au pays pagan).
Nous rentrons dans la zone tropicale vers 9 h, heure du bateau, en traversant le Tropique du cancer (23,27° de latitude Nord). Les tropiques (Cancer et Capricorne), présents sur toutes les cartes terrestres, sont ignorés par les cartes marines. Pour le marins seuls comptent les lignes qui ont un sens et des applications en termes de positions: les cercles polaires, le méridien de Greenwich qui définit les longitudes Est ou Ouest, l’équateur qui divise le globe terrestre en deux hémisphères Nord et Sud et la ligne de changement de date… compliquée à vivre m’a indiqué l’officier de quart qui l’a souvent franchie lors de navigations dans le Pacifique.
???????????????????????????????Pas beaucoup de trafic sur cette partie de l’océan, mais un navire repéré sur le radar passe à notre (relative) proximité.
La piscine n’a pas été vidée ce matin car le « cadet », le stagiaire lycéen, est en plein travail de peintures des éléments du bateau! Ensuite il a préparé le barbecue pour ce soir en cassant des cageots pour garnir de bois le barbecue. Enfin pour terminer la matinée il a vidé la piscine avant de la remplir à nouveau avec de l’eau de mer mesurée à 28°. Dès qu’elle a été « rechargée », j’y ai barboté près d’une heure !
Dans la journée, le ciel est couvert avec de fréquents passages nuageux parfois accompagnés de grains et bien sûr, par intermittence un grand et chaud soleil.???????????????????????????????
2_b_soleil_couchantEn attendant le coucher du soleil et le début du barbecue, Jossi, l’autre passager réalise quelques tractions de « barre fixe » sur un agrès ???????????????????????????????bricolé, installé sur l’auvent de la porte de la passerelle…  pour s’ouvrir l’appétit.

 

??????????????????????????????????????????????????????????????Au menu du barbecue de cette traversée, plusieurs variantes par rapport aux précédentes traversées. Tout d’abord un cochon de lait cuit au four et servi dans son grand plateau de cuisson, absolument succulent. Le contenu du plateau s’est évaporé à grande vitesse !
Autre variante très appréciée, du maquereau frais, pêché au large du Havre, pendant que nous étions au mouillage, nettoyé et congelé immédiatement.
Des brochettes préparées garnies de poisson, viande de bœuf, mouton, saucisse, poisson (dont une Sole ), des tranches de lard, …
Des gâteaux maison, fruits, vin rouge, rosé, ti’ punch, apéritifs, bière, mais aussi jus de fruits, Perrier, … selon les goûts de chacun.
1barbecue2Comme d’habitude ambiance très sympathique, avec la possibilité de parler, mais aussi de trinquer, avec le tout le monde autour de grandes tables où se retrouvent officiers, marins, machine et pont qui apprécient la table tout en parlant.
Les marins indiens (soudeurs et peintres) ont semblé beaucoup apprécier l’ambiance et le barbecue et leur intégration dans ce moment très convivial.

20_e__Venus (6)Et pendant ce temps là, le navire, avec l’équipe de quart à la passerelle, poursuit sa course vers l’Ouest, avec la planète Vénus, dans le ciel,  juste devant nous.

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dimanche 27 octobre 2013

20_a_matin_ (2)Réveil ce matin à 5 h, il commence à faire déjà clair. Le bateau roule plus que les jours précédents. À 5h50, le soleil commence à se manifester sous l’horizon. Le temps de faire le café et de revenir sur le pont, à 6 h il est déjà bien installé dans le ciel.
Beaucoup de poissons volants ce matin, toujours aussi difficiles à photographier ou à filmer… mais on y arrive parfois!
Déjeuner à 7 h, à part le garçon passager, personne à la salle à manger! Explication par l’équipe de quart à la passerelle: c’est dimanche ! Jour où les viennoiseries figurent systématiquement au menu du petit déjeuner.
Le dimanche, en mer et en plein océan, l’activité se réduit, ce qui permet d’effectuer de nombreux contrôles.
Une heure dans la piscine entre 8 h30 et 9 h 30 avant retour en cabine. Le bain creuse l’appétit car à 11 h j’ai déjà faim !
20_a_matin_ (5)Vent modéré toujours dans l’arrière du navire mais une houle assez forte ce qui provoque ce roulis devenu inhabituel depuis 2 jours.

Route_27oct (1)A moins d’une journée de navigation de la Guadeloupe, soir à moins de 700 km de cet archipel, nous avons gagné 12° en températures de l’air en 6 jours depuis les 17° de St??????????????????????????????? Nazaire à nos 29°d’aujourd’hui. Les vêtements d’hiver ont été rangés au fond de la valise au profit des bermudas et des chemises caraïbes. L’approche de la terre se manifeste, en fin de journée, par la présence d’oiseaux de mer, une frégate sur la photo ci-contre.

???????????????????????????????Quand la nuit tombe sur cette dernière journée sur l’océan, la planète Vénus est à nouveau, toujours face à notre route.

Le Fort Ste-Marie s’enfonce dans la nuit et quand le jour se lèvera demain matin nous serons arrivés à Pointe-à-Pitre !

???????????????????????????????haut de page

lundi 28 octobre 2013
Dernière nuit de navigation. Le rendez-vous du Fort Ste-Marie avec le pilote du Port Autonome de la Guadeloupe est fixé à 6 h, heure locale, face à l’ilet Gosier. Le navire va adapter sa vitesse pour arriver à l’heure en économisant le carburant. Nous devons doubler l’ile de la Désirade, première terre des iles Caraïbes vers 3 h du matin, puis petite Terre, réserve naturelle dont les seuls habitants sont des iguanes et des tortues marines, sans oublier son phare, le plus à l’Est de toutes les Antilles. En laissant Marie-Galante à bâbord, entrée en rade de Pointe-à-Pitre.

PAP_3
21_a_PaP_arriv_ (16)Dès 5 h du matin, le navire navigue à faible allure en rade, la nuit est encore présente percée par les lumières de la Grande-Terre, et en face, celles plus importantes de l’agglomération Pointoise. Un peu plus tard un magnifique lever de soleil enflamme le ciel de la Grande-Terre.
Nous croisons un remorqueur, des bateaux de pêche sortant du port, des voiliers marchant au moteur car le vent est très faible. Plusieurs cargos et pétroliers attendent au mouillage leur tour d’entrée au port. Un des bateaux rapides assurant est encore à quai au port de Bergevin à Pointe-à-Pitre et vers 6h45, « l’Express des iles » (rouge et blanc) en provenance de Marie-Galante va rentrer au port.
???????????????????????????????Tout l’équipage est à son poste et la manœuvre de positionnement du navire et son accostage se déroulent impeccablement. Avant 7 h, le Fort Ste-Marie est amarré au quai et le voyage se termine. Ci-dessous lien vers 2 courtes vidéo.
vidéo 1  –    vidéo 2
Puis le pilote du port autonome de la Guadeloupe quitte le Fort Ste-Marie.

21_a_PaP_arriv_ (18)Je reste à bord jusqu’à 13 h 30 et c’est seulement après le déjeuner que je quitterai le bord pour me rendre au port de St François situé à l’autre bout de la Grande-Terre. J’y embarquerai pour une courte traversée de moins d’une heure pour gagner l’ile de la Désirade, première étape de ma courte escale créole.

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Prochain chapitre:

Chapitre 4 : escale aux Antilles : la Désirade et Marie Galante

 

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